Présentation du projet
Historique du projet
En septembre 2021, différents acteur·trice·s actifs dans le champ du commerce équitable, de la production et de la distribution agricole et plus largement de la solidarité Nord Sud se sont rencontrés pour travailler ensemble sur un concept de commerce équitable à l’échelle locale.
Leur réflexion s’est basée sur deux constats. Tout d’abord, on observe chez une partie de la population, notamment chez les jeunes et les personnes engagé·e·s pour la protection du climat, un intérêt en déclin autour des enjeux du commerce équitable entre le Nord et le Sud.
Cette évolution s’explique en partie par une attention accrue portée à la production locale et aux circuits courts, jugés plus cohérents avec les préoccupations écologiques actuelles.
Par ailleurs, la situation des paysans et des paysannes sous nos latitudes ne cesse de se détériorer. Soumis aux lois du libre marché, ils doivent affronter une concurrence croissante entre la production agricole indigène et les produits importés. Dans ce contexte, la revendication d’un prix juste pour leur production revient de manière récurrente et apparaît pleinement légitime. Une demande pour plus de transparence sur les prix pratiqués au niveau de la distribution accompagne également cette revendication.
Ainsi les questions environnementales, de justice sociale et de justice climatique s’interpénètrent suffisamment pour que l’on s’interroge sur la pertinence de maintenir une distinction entre le commerce équitable Nord/Sud et un commerce équitable local et solidaire.
Une démarche qualitative
Partant de ces constats, le groupe de travail a mandaté une étudiante, Liliane Schibli, pour réaliser une étude essentiellement qualitative et exploratoire via des entretiens avec des acteurs et actrices suisses des mouvements du commerce équitable, de l’agriculture alternative et de l’économie sociale et solidaire (ESS). L’idée de cette étude était d’éviter d’imposer une définition ex nihilo, mais plutôt de s’inspirer des expériences européennes et de les comparer avec le contexte suisse. L’objectif de cette démarche était de saisir les valeurs et les différences de chaque groupe et d’échanger autour du concept de « commerce équitable local » en Suisse.
Ainsi un état des lieux a été réalisé auprès de 27 organisations suisses provenant des milieux de l’environnement, de la consommation, de la paysannerie, de l’ESS et du commerce équitable. Ces interviews ont été complétées par une recension des recherches menées à ce sujet en Belgique, en France et en Italie. Parmi les conclusions des entretiens des organisations suisses, relevons les éléments suivants :
- Les initiatives qui sont les plus proches des principes et des valeurs du commerce équitable (notamment de la filière intégrée), ne se reconnaissent pas dans ce terme.
- La plupart des groupes interrogés ne connaissaient simplement pas la différence entre le CE de la filière intégrée et celui de la filière labellisée.
- Les acteur·trice·s les plus engagés dans la transition agroécologique ne s’identifient pas forcément avec le terme « commerce » car dans leurs approches ils essaient justement de sortir de la «marchandisation» de l’alimentation.
- Il est aussi constaté un manque de filières de transformation et de logistique.
Par la suite, un World Café a été organisé à Genève le 9 octobre 2023. Il a réuni des experts et expertes des domaines mentionnés qui ont travaillé sur des thèmes tels que le rôle des institutions publiques, l’accessibilité des produits à toute la population indépendamment des moyens financiers, et l’élaboration de critères pour un commerce équitable local. Ce séminaire et la suite des activités du groupe de travail ont pu être organisés grâce à un financement de la Ville de Genève. Nous profitons pour remercier l’équipe de l’Agenda 21 de la Ville de Genève.
Les réflexions essentielles tirées de ce World Café sont les suivantes :
- Les collectivités publiques ont une importance capitale – conscientisation, subventionnements, formation, augmentation des budgets pour la restauration collective, aide aux projets de transformation des aliments, etc.
- Accessibilité : il est nécessaire que les petits budgets puissent accéder à une alimentation de qualité.
- Définition de critères pour une charte ou une déclaration sur le CE local et solidaire.
Le groupe de travail s’est donc penché, en primeur, sur ce troisième élément, la définition de critères pour une déclaration du CE local et solidaire.
Cette déclaration a été publiée en septembre 2024, elle a fait l’objet d’un numéro spécial du journal des Magasins du Monde ex aequo en décembre 2024 et un communiqué de presse a été envoyé aux médias en mars 2025. Elle est distribuée largement auprès de nos différents partenaires pour des réflexions et débats.
Prochaines étapes du projet pour 2025 – 2026
Après cette phase de réflexion autour des valeurs partagées par les différents acteurs de l’agroécologie en Suisse et dans les pays du Sud, notre objectif est d’entamer une phase plus opérationnelle.
Pour poursuivre le travail amorcé lors de la première phase, nous souhaitons continuer à diffuser largement la déclaration, afin de contribuer à un changement de narratif autour du commerce alimentaire et de faire reconnaître l’importance de l’équité dans les relations entre consommateur·trice·s et producteur·trice·s.
Parallèlement, nous voulons engager une démarche plus concrète et réfléchir, avec les acteur·trice·s des filières alimentaires durables, en réfléchissant ensemble à la manière dont le commerce équitable et solidaire local peut soutenir des modèles économiques favorisant une meilleure résilience.




